• "Moi Eugénie Grandet" - Louise Bourgeois

    J'ai découvert ce petit opus grâce à la Médiathèque d'Avignon, comme beaucoup d'autres. Il est en fait le catalogue d'une exposition consacrée à Louise Bourgeois à  la Maison de Balzac du 3 novembre 2010 au 6 février 2011, projet maintenu malgré le décès de l'artiste en juin 2010. Le livre rend bien compte de la série des compositions se présentant comme des pages d'un herbier et allient la broderie et d'autres techniques.

    Louise Bourgeois se retrouvait dans le personnage d'Eugénie Grandet. Comme l'héroïne de Balzac, Louise Bourgeois, était très liée à sa mère (la série des "maman", araignées géantes), comme elle aussi elle a pratiqué la broderie dans sa jeunesse.

     

    "Moi Eugénie Grandet" - Louise Bourgeois

    Araignée en tapisserie, présente dans l'exposition des Papesses

    L'araignée pour Louise Bourgeois était la tisseuse qui protège ses enfants.  Comme Eugénie Grandet donc, elle a pratiqué la broderie et elle l'a incluse dans les nombreuses techniques qu'elle a pu utiliser tout au cours de sa vie, et dans son œuvre. Il s'agissait ici d'un ultime retour à cette pratique. Comme elle aussi, elle vient d'un milieu bourgeois et le père Grandet en est le représentant, l'archétype du laid. Eugénie Grandet, au contraire de Louise Bourgeois ne s'est jamais affirmée, elle s'est sacrifiée et n'a connu qu'effacement,  frustration et solitude. Des thèmes récurrents dans l'œuvre de Louise Bourgeois.

    L'exposition des Papesses organisée par la Fondation Lambert à Avignon en 2013 a permis de confronter son œuvre à celle de quatre autres femmes sculpteur.  Et il est évident que de toutes, Louise Bourgeois était l'artiste qui a le mieux cerné la condition de la femme, dans toute son acceptation, depuis la naissance, la filiation jusqu'à l'enfantement en passant par la sexualité, la parure, etc... 

    "Moi Eugénie Grandet" - Louise Bourgeois

    détails entrevus de l'une des cellules où le fil, toujours, rejoint la sculpture


    L'une des forces de Louise Bourgeois, et  cette exposition en rendait bien compte, c'est d'avoir parlé de la femme, et souvent de manière crue à la limite du supportable - témoin cette sculpture d'une femme enceinte suspendue par son ventre présentée à la Fondation Datris de L'Isle sur la Sorgue à la même période - pas seulement en se réappropriant les techniques traditionnelles des femmes. Elle a su utiliser les matériaux "masculins" de la statuaire et notamment le bronze :

    "Moi Eugénie Grandet" - les "Papesses "Louise Bourgeois

     Mains d'accueil dans les jardins du Palais des Papes.

    Je ne veux pas ici établir de comparaison avec les autres artistes exposées à Avignon en 2013, et notamment Camille Claudel. Non mon propos est centré sur Louise Bourgeois que je découvre chaque fois un peu plus à chaque exposition. Elle est toujours là où on ne l'attend pas et a su extraire de son parcours intime une "œuvre" universelle.

    "Moi Eugénie Grandet " Collection Le cabinet des Lettrés - Gallimard - Préface "Les mystère d'une identification essai de Jean Frémon - 2010 - L'occasion de relire Balzac...

    Les Papesses - Exposition du 9 juin au 11 novembre 2013 - Collection Lambert et Palais des Papes - qui réunissait  Louise Bourgeois - Camille Claudel - Berlinde de Bruyckère - Kiki Smith et Jana Sterbak.


    2 commentaires
  • Le peintre Ibrahim Shahda, français d'origine égyptienne, après des études à l'école d'art du Caire, s'établit dans le sud de la France, notamment à Carpentras. Il expose pour la première fois en 1958 à la galerie Arlette Chabaud à Avignon. La même année il remporte le prix de peinture du festival d'Avignon avec "La femme en noir" toujours conservé au Musée Calvet, ainsi que le prix de peinture de la ville d'Aix-en-Provence.

    Ibrahim Shahda 1929 - 1991

    Photographie personnelle, qui n'a pas été prise dans les meilleures conditions

    Il expose ensuite dans le monde entier, et notamment à la galerie Ducastel à Avignon. En 1975 de graves ennuis de santé bouleversent sa vie et sa peinture. Désormais il va peindre en état d'urgence et ses grands portraits en porteront la marque. On pense à Bacon, bien sûr, qui a eu une plus grande notoriété, mais si les visages de Shahda portent la tourmente, elle se fait moins violente, moins dérangeante  que dans les œuvres du peintre britannique.

    En 1999, la MAC'A, Maison des Arts Contemporains d'Avignon, association qui s'est fixé comme objectif de faire connaître et de favoriser la diffusion de l'art contemporain, a consacré son exposition annuelle à l'Espace Saint Louis, à ce peintre, vauclusien d'adoption. 

    Ibrahim Shahda 1929 - 1991

    Avec ces mots en présentation :"Shahda a passionnément aimé ce monde : l'être humain; les objets, les fleurs, certains paysages. C'est leur mystère qu'il essaie de pénétrer, de traduire, dans une approche obstinée, répétée : "cet au-delà des choses de la peinture".  

    C'est lors de cette exposition que j'ai pu découvrir ce peintre et je garderai à jamais dans les yeux l'image de ces grands portraits immobiles et pourtant si vivants qui nous criaient leur être profond à travers la puissance de la peinture de Shahda. Un artiste qui n'a pas la place qu'il mérite.

    A preuve le peu de chose que l'on trouve sur lui sur la Toile, néanmoins une page lui est consacrée ici     http://www.enkiri.com/shahda/shahda_f.html

    et ici la toile "La femme en noir" intégralement : http://www.enkiri.com/shahda/portrait/p_femme_mus_calvet1_f.html


    votre commentaire
  • Dessin à l’huile et aquarelle sur papier collé sur carton, de 41,3cm sur 30,5 cm - 1922
    Museum of Modern Art, New York, États-Unis

    Ce tableau fait penser aux Shadoks, cette regrettée série qui hante toujours nos mémoires et fait référence dans le "gentil" petit monde de l'humour décalé.


    Les Shadoks, je pense, doivent beaucoup à Paul Klee, et ce qui suit le démontrera si besoin est.  Le titre étrange de l’œuvre : « Gazouillis » ou la « machine à gazouiller » quoi de plus naïf et enfantin que le gazouillis ? Et pourtant tout est toujours faussement naïf chez ce peintre. Que nous propose Klee, sinon inventer des machines qui servent à quelque chose: à fabriquer du rêve et du plaisir. ? Le regard est incisif derrière cette ingénuité feinte car, non ce n'est pas du rêve que nous fabriquons.L'analyse que j'ai trouvée rapproche deux œuvres contemporaines, et qui ont pour thème la machine, c'est bien tout ce qu'elles peuvent avoir en commun : celle-ci et « la  mariée mise à nu par ses célibataires » de Duchamp (qui n'a pas exposé que des urinoirs).

    « Comme c’était habituel chez Klee, le tableau a été fini, puis soigneusement nommé, numéroté et répertorié. Fait, pris en compte dans son unicité, soigné : bien langé et dorloté, pourrions nous penser.
    Son thème est poétique et enfantin : il est question d’oiseaux, de gazouillis. Le tableau est fait fondamentalement à l’aide de deux couleurs : bleu, rose, couleurs traditionnellement attribuées aux bébés garçons et filles, ce qui renforce la sensation de tendresse et innocence. Il dégage un lyrisme très typique de Klee dont le caractère fantastique et onirique contient une touche d'étrangeté et d’inquiétude. Il y a en effet quelque chose de troublant dans le mélange intime entre l’inanimé et le vivant. C’est probablement cette tension subtile agissant dans l’œuvre, ce conflit implicite, qui empêche le tableau de tomber dans la mièvrerie. Deux séries thématiques se confrontent : d’un côté, les oiseaux qui gazouillent suggèrent la tendresse, la douceur, la fragilité désarmante du vivant. D’autre côté, la machine avec ses traits nets et droits renvoie à un monde mécanique, métallique, inanimé voire déshumanisé. La même opposition apparaît au niveau chromatique : dans la partie supérieure, le ciel rose tendre à gauche évoque la chaleur du soleil alors que les tonalités plus foncées à droite suggèrent la nuit, l’orage peut-être. Les tâches sombres disséminées sur le tableau salissent le fond bleu, elles font d’ailleurs penser à une menace contaminant la tranquille innocence bleue des oiseaux qui gazouillent. Parallèlement, le rose sur la machine, tout en contribuant au niveau plastique à équilibrer le tableau, adoucit la dureté de la machine, tout comme le trait ondulé. »

    Extraits d'un colloque au Centre Paul Klee, Berne, 23 septembre 2005
    SSPsa, Sigmund-Freud-Zentrum Bern) communication de Adela ABELL, sur le thème : « Marcel Duchamp et Paul Klee :deux positions différentes face à la destructivité et l’effroi

     Article publié en 2008 dans "Encrer le Monde" repris intégralement ici, la comparaison avec les Shadocks a été reprise par d'autres blogs tant c'est une évidence.


    6 commentaires
  • J'avais consacré un article à Paul Surtel sur "Encrer le Monde", à propos de l'exposition qui lui était consacrée à la Chapelle du Collège de Carpentras en 2009. Même s'il n'est pas dans l'actualité, pour l'instant, je transfère cet article ici en introduisant une comparaison entre des époques différentes.

    Paul Surtel - peintre et sculpteur

    Né en 1893 à Reuilly (Indre) où un musée expose certaines de ses œuvres, Paul Surtel rencontre sa future épouse à Oran, à l'occasion de l'une de ses premières expositions. Après avoir vécu dans le Quercy, puis à Orange, le couple se fixe à Carpentras où Paul finit ses jours en 1985. 

    Paul Surtel - peintre et sculpteur

    Les bords de l'Ozon à Carpentras - 1970

    Qualifié de "Corot provençal" Paul Surtel est aussi l'héritier de Cézanne, c'est plus net encore dans les natures mortes que dans les paysages, mais  contrairement à Cézanne, il  peignait rapidement, comme dans l'urgence, un ou plusieurs tableaux par jour.

    Ses paysages montrent son aptitude à saisir et restituer les ambiances variables selon les lieux mais aussi selon les saisons.  Les exemples choisis sur le site officiel de l'artiste le montrent.

    Ses portraits et natures mortes, auxquels il se consacre à cause de la rigueur des étés du Comtat qui le poussent à peindre en intérieur ; dépouillées de la lumière parfois écrasante des paysages méridionaux, donnent à voir un aspect plus expressionniste de la peinture de Paul Surtel.

    Paul Surtel - peintre et sculpteurPortrait de son fils Pierre

    Son fils Pierre Surtel est devenu plasticien, son site internet : http://www.pierresurtel.com/

    Le site de Paul Surtel : http://www.paulsurtel.fr/

    Le site du musée de Reuilly :http://www.angelfire.com/country/reuilly/36p10.html

     


    votre commentaire
  • Le célèbre musée d'Amsterdam est resté fermé pour travaux pendant plus 9 ans, c'est long.  Je l'ai connu avant, gageons que cela en valait la peine; il parait que c'est aujourd'hui l'un des plus beaux musées du monde et restera ouvert tous les jours de l'année.  Pour annoncer la réouverture, en avril 2013, une vidéo a circulé, ici :

    http://www.youtube.com/watch?v=a6W2ZMpsxhg

    On a reconnu l'œuvre ainsi restituée en direct, celle qui est connue sous le titre de "la Ronde de nuit":

    Ouverture en fanfare pour le "nouveau Rijksmuseum"

    sans doute le tableau le plus connu des collections du musée, à part peut-être la "laitière" de Vermeer, mais pour d'autres raisons. "La Compagnie de Frans Banning Cocq et Willem van Ruytenburch" a été immortalisée par Rembrandt au XVIIème siècle. Ce n'est pas le seul tableau, dans le musée, qui représente une compagnie de milice. Il s'agissait d'un thème prisé à l'époque : se faire immortaliser par les plus grands peintres de son temps.  Et lorsqu'on visite le musée, on peut donc comparer avec d'autres œuvres moins majeures et voir à quel point la proposition de Rembrandt est originale, pas seulement par sa taille.

    Comme d'autre œuvres célébrissimes, ce tableau a subi des aléas, il a été réduit dès 1715 :

    Ouverture en fanfare pour le "nouveau Rijksmuseum"sur Wikipedia toujours

    et des tentatives de vandalisme, attaques au couteau et à l'acide. Très assombri par le vieillissement du vernis, il a été restauré en 1947. NB : on peut voir à la National Gallery de Londres une copie réalisée avant le découpage  par Gerrit Lundens.

    Le Rijksmuseum ici : https://www.rijksmuseum.nl/en


    votre commentaire


    Suivre le flux RSS des articles de cette rubrique
    Suivre le flux RSS des commentaires de cette rubrique