21 Février 2026
Lilou nous a proposé un thème très pertinent en peinture,
Le rouge envahit le vert ou le vert envahit le rouge
deux couleurs complémentaires et qui ont toutes deux des places à part dans l'art.
/image%2F0652799%2F20260221%2Fob_2560e8_judith-leyster-merry-company-oil-on.jpg)
Judith Leyster - Le joyeux trio (Three Boys Merry-making, c.1629) Collection privée Wikipedia
Le personnage en rouge est récurrent dans l’œuvre de Judith Leyster, particulièrement dans des scènes de réjouissances, voire de beuverie (comme dans le tableau que j'ai présenté ICI, l'an dernier). Si nous ne savons pas tout à fait quelle est la symbolique qu'elle accordait à ce personnage, le rouge, et ce rouge là en particulier, revêtait une valeur différente selon le sujet traité, le même ton rouge pouvait simultanément évoquer le luxe et la moralité douteuse, selon le contexte narratif de la toile. Ici, il est associé à un personnage vêtu de vert, plus précisément de vert de gris, un couleur tout aussi particulière.
J'ai choisi ce tableau pour deux raisons, la première parce qu'il est signé Judith Leyster, cette artiste de l'époque baroque, appréciée en son temps, mais oubliée de l'histoire de l'art, pire, ses œuvres ont pour la plupart été attribuées à des hommes, Frans Hals tout particulièrement. Voir l'article de Beaux Arts magazine
Par exemple, cette tulipe est conservée au musée Frans Hals de Haarlem :
/image%2F0652799%2F20260221%2Fob_42b267_tulip-jpg-large.jpg)
Judith Leyster Tulip 1643 - Silverpoint and watercolour on vellum - Frans Hals Museum, Haarlem
Elle fait partie d'une série destinée à un livre sur les bulbes Wikiart
Ici, le rouge et le vert se complètent comme ils le font naturellement, mais c'est difficile de retranscrire la nature et il fallait trouver les pigments qui permettaient de le faire. On a eu recours longtemps à des couleurs toxiques, comme le cinabre pour le rouge vermillon, ou le vert de gris. Deux variétés obtenues par chimie, acétate de cuivre obtenu grâce à la corrosion du cuivre métallique par des émanations de vinaigre pour le vert de gris ; rouge vermillon obtenu par broyage et lévigation (lavage) de l’espèce minérale de sulfure de mercure pour le cinabre. A la Renaissance, des artistes, comme Cennino Cennini, ont cherché d'autres recettes, moins risquées, et pour les peintres, et pour les œuvres, car ces pigments pouvaient attaquer les autres couleurs ou même la toile.
Si le rouge vermillon connaît un vrai succès, le vert est encore une couleur fuyante pour les peintres, instable, difficile à mélanger avec d'autres, et donc avec une mauvaise réputation. Elle est souvent associée aux personnages fourbes, fous, et même maudite au théâtre par exemple. Depuis, on a su trouver d'autres pigments, notamment artificiels, et donc plus fiables et le rouge a conservé toutes ses valeurs fortes tandis que le vert est devenu symbole d'espoir, une couleur apaisante.
Ici, dans cette œuvre de Judith Leyster, ce n'est pas le cas, rouge et vert sont associés pour nous parler de réjouissances frôlant la débauche, les mines des personnages sont parlantes. La gaîté n'était pas forcément de mise dans la Hollande puritaine du XVIIe siècle. Mais Judith Leyster a emporté le secret de ce qu'elle a voulu nous signifier, elle a souvent peint des scènes de divertissement.
/image%2F0652799%2F20260221%2Fob_787e49_un-theme-un-tableau-logo.jpg)
"Le week-end, un thème, un tableau"
Chaque week-end nous publions un tableau sur un thème donné pour deux semaines, une manière ludique de découvrir la peinture, et de partager, nous disons pourquoi il nous touche, et quelques mots sur l'artiste.